Tribus

Remerciements à Eric G. et à son épouse Ameema dit Maew (prononcez méao) pour leurs contributions à l'élaboration des albums tribaux grâce à leurs connaissances, de l'histoire de ces peuples et du terrain, qu' ils ont bien voulu partagées.

En Thaïlande, on accuse les minorités ethniques du Triangle d’or de tous les maux: trafic d’opium, déforestation, pollution des eaux.On accusait les tribus de trafic de drogue, de prostitution, et, à cause de leurs cultures sur brulis, de détruire les forêts. Certaines d’entre elles avaient fui les difficultés et les conflits ethniques de la Birmanie, du Laos, de la Chine et du Cambodge voisins.Je n’oublierai jamais le soulagement qu’on éprouve, après des heures de marche, en atteignant un village paisible perdu au milieu de l’immense forêt. J’ai découvert que les montagnards menaient une vie simple et traditionnelle, en harmonie avec l’environnement. Je ne comprenais pas leur langue, mais je savais, je sentais que leur cœur était pur.J’ai voulu comprendre et partager leur philosophie, leur mode de vie. J’étais charmée par les chants et le folklore, grâce auxquels les anciens transmettent leur savoir aux jeunes.Les problèmes rencontrés avec les Tribus c'est qu'elles n'ont pas la nationalité Thaïlandaise alors qu'elles vivent dans le Pays depuis des générations.C'est le cas des Lisu.Résultat, elles n’ont aucun droit légal sur les terres qu’elles cultivent. A cause de la déforestation, le gouvernement tente de protéger des régions entières en créant des réserves naturelles, ce qui provoque des différends.Aucun service public n’existait dans les montagnes il y a encore quelques années: ni routes, ni écoles, ni hôpitaux... Environ 90% de la population était analphabète. Le taux de natalité était presque trois fois plus élevé que dans le reste du pays et la mortalité infantile deux fois plus. Bref, les montagnards comptaient parmi les plus défavorisés. Et pourtant, ils ne se considéraient pas comme tels. A leurs yeux, la nature pourvoyait à tous leurs besoins, y compris les remèdes.Depuis des générations, les Lisus, les Hmongs et d’autres tribus cultivaient l’opium. Les anciens fumaient durant les réunions familiales et les fêtes de village. L’opium entre aussi dans la composition de nombreux remèdes traditionnels. Là-haut, il faut compter sur ses propres ressources. Mais jamais une tribu ne s’est enrichie avec le trafic d’opium.La situation a changé quand la demande des pays de l'ouest a explosé. La zone frontière entre la Thaïlande, le Laos et la Birmanie a été mise en coupe réglée par les trafiquants d’opium (d’où l’on tire l’héroïne) et rebaptisée le «Triangle d’or». Mais c’est les tribus que l’on a rendu responsables. Les Nations unies et le gouvernement ont décidé de substituer à l’opium des cultures de fruits et légumes. Ces projets, très nuisibles à l’environnement, n’ont pas favorisé l’amélioration du niveau de vie des tribus, ni leur dignité.Les Hmongs ont été très durement touchés.Pour accroitre les rendements des cultures de légumes, ils ont dû utiliser des engrais et détourner l’eau des rivières. Du coup, ils sont entrés en conflit avec les fermiers thaïlandais qui vivaient en aval. Les tribus pratiquaient la culture sur brulis de façon limitée pour produire leur nourriture, sans plus. Mais, après l’introduction des cultures commerciales, pour répondre à la demande, elles ont surexploité les capacités naturelles des sols, déjà dégradés et accentuées la déforestation. Les Akhas, par exemple, ont commencé à cultiver le riz dans des zones escarpées, ce qui a accéléré l’érosion. Ils essaient maintenant d’autres méthodes. Quoi qu’il en soit, la culture sur brulis n’est pas la seule cause de déforestation. C’est aux compagnies forestières venues du sud qu’incombe la plus lourde responsabilité. Le développement de la Thaïlande exige sans doute l’exploitation de la forêt. Mais à quel prix? Aujourd’hui, ce problème ne suscite, hélas, aucun débat public.Dans les pays tropicaux comme la Thaïlande, les forêts drainent les eaux de pluie vers les rivières. C’est un processus naturel complexe et fragile. Si vous détruisez la forêt, l’eau ruissèle sur les pentes et n’alimente plus les rivières. Elle est gâchée.Malheureusement, on fait peser l’entière responsabilité de la préservation de la forêt sur les tribus des montagnes, pendant que ceux qui vivent en contrebas, dans les campagnes ou dans les villes, ne font rien pour changer leurs habitudes. En fait, ils utilisent plus d’eau que les montagnards.Ces dernières années les infrastructures; routes, réseau électrique ont été améliorées. Mais on a peu investi dans l’éducation ou dans la conservation de l’environnement.Ce type de développement a conduit les tribus et la population de la plaine à multiplier les contacts. D’où de nouveaux problèmes. Lorsqu’elles étaient isolées, les tribus avaient une vision du monde commune, fondée sur l’harmonie avec la nature. Maintenant elles sont confrontées au matérialisme. Les jeunes veulent porter des jeans, conduire une moto ou une voiture, comme les gens des villes. Travailler la terre ne les intéresse plus; ce qu’ils veulent, c’est faire de l’argent. Ils sont nombreux à émigrer vers les villes, quitte à se prostituer. Ils reviennent dans les montagnes avec des maladies, comme le sida.Depuis des siècles, de nombreuses tribus venues des pays voisins se sont installées en Thaïlande. En général, les peuples indigènes ne s’arrêtent pas aux frontières. Ils bougent au gré des conflits politiques qui les opposent et de leurs besoins environnementaux.Jusqu’en 1992, il était relativement facile d’obtenir des papiers d’identité si vous étiez né en Thaïlande. Après les grandes migrations qu’a connu la région, pour des raisons économiques et politiques, le gouvernement a changé la loi. Aujourd’hui, les candidats à la nationalité doivent prouver que non seulement eux mais aussi leurs parents sont nés en Thaïlande. Or, en pratique, les tribus ne savent pas à quoi ressemble un acte de naissance.Quant aux autres, ceux qui ne sont pas nés dans ce pays, comment les renvoyer en Birmanie, où il n’y a pas de justice? Le problème est complexe. Le gouvernement thaïlandais ne peut pas offrir la nationalité à tout le monde. Compte tenu des circonstances, il fait de son mieux. Les migrations frontalières créent aussi des tensions dans les tribus. Les Hmongs, par exemple, manquent d’espace pour leurs propres familles. Aussi, lorsque des conflits ont commencé à chasser les Hmongs du Laos, ceux de Thaïlande leur ont dit qu’ils devraient retourner dans leur pays une fois la situation stabilisée.L’ écotourisme et le tourisme culturel devraient aider des gens d’horizons différents à mieux se comprendre. Mais l’industrie touristique exploite les tribus sans même s’en rendre compte. Le gouvernement encaisse les revenus et très peu d’argent est réinvesti dans la région. Seuls les voyagistes et quelques intermédiaires en profitent.De leur côté, les touristes ont tendance à traiter les peuples indigènes comme des attractions exotiques. Ils devraient apprendre à respecter ces populations et leur culture, au lieu de se borner à prendre des photos. Dans les villages lahus et karens, sur les bords du Mékong, les enfants se ruent vers les bateaux, dans l’espoir que les touristes leur jettent des chocolats ou de l’argent. La communauté internationale devrait prendre des mesures sérieuses pour bannir ces pratiques.