Les " baht-bus "


- "Tu montes chéri ?", semble être leur refrain favori....
Les baht bus ou song taew, appelés affectueusement "bétaillères" par les francophones ( en thaï: "rot song thèo", i.e. véhicule à deux "rangées", à cause des deux banquettes arrière )...


Les " baht-bus " de Thaïlande

" rot song théo " en Thaï ( Deux rangs )

 .... sont ces pick-ups bleu marine ou rouge aménagés en taxis collectifs, de marque Isuzu, Toyota, Nissan ou Mitsubishi, qui sillonnent les rues de quelques grandes villes de provinces de Thaïlande en quête de touristes fatigués ou de piétons locaux.


 En tant que moyen de transport public prédominant en ville, c'est la manière de se déplacer la plus pratique et la moins dangereuse, pour un coût souvent dérisoire (quand on paie le prix correct).
Ceux qui connaissent un peu le Pays l'ont remarqué: il n'y a rien de plus énervant pour un chauffeur de baht bus que de voir un farang marcher à pied. On dirait que ça les rend dingue! Ils ne supportent pas. Suffit que vous fassiez quelques pas à découvert et tous les chauffeurs qui vous ont dans leur ligne de mire se mettent à klaxonner comme des malades pour vous faire savoir qu'ils sont prêts à vous embarquer. Même ceux qui arrivent dans la direction opposée à la vôtre vous lâchent une salve de décibels et n'hésitent pas à exécuter carrément (sic) un tête-à-queue sur les chapeaux de roues si vous leur faites le moindre signe d'encouragement.

C'est aussi pour cela qu'ils ont mauvaise réputation chez les touristes, les résidents et les expats.

Depuis déjà quelques années, les journaux locaux, destinés aux farangs (anglophones notamment) publient des courriers de lecteurs ( forcément ) étrangers furibards, se plaignant du comportement agressif des chauffeurs, quand ce n'est pas pour dire qu'ils se sont fait traîtreusement arnaquer par ceux-ci.

La plupart trouvaient presque normal de payer plus cher que les thaïs ( et ne voulaie nt pas se prendre la tête avec les chauffeurs pour quelques piécettes ), mais certains considéraient cela comme une sorte de racket insidieux qu'ils ne tenaient pas à cautionner.

On conseille souvent (avec raison) aux touristes de négocier à l'avance les tarifs de transport dans les pays étrangers. Mais à l' intra muros de ces villes de province, ce n'est pas vraiment nécessaire une fois qu'on a compris le système. Il suffit aux nouveaux venus de consulter un plan de la ville, de se familiariser avec les itinéraires empruntés par les bahts bus et d'appliquer les tarifs.

Pourquoi payer le double parce qu'on est étranger et qu'on peut se le permettre? C'est un vieux débat. Personnellement, je prends de temps en temps le baht bus, et voici les astuces employées par certains (irréductibles) et qui sont soi-disant efficaces.

Par exemple: ne jamais monter dans un song taew où il n'y a aucun passager. Même les thaïs évitent le piège, car le chauffeur pourrait exiger un prix majoré en prétendant qu'il a fait un détour spécialement pour vous et qu'il vous a amené à une destination tout à fait en dehors de son itinéraire habituel.

Et méfiez-vous des taxis dans lequel une femme (thaïe) est assise à l'avant: elle peut aussi bien être une cliente, mais souvent c'est la femme du chauffeur, en tout cas sa complice qui l'aide dans la pratique de la double tarification et qui se fait un plaisir d'argumenter avec les clients.

Ayez toujours de la "ferraille" sur vous, en particulier des pièces de cinq bahts et dix bahts, car allez savoir pourquoi, les chauffeurs n'ont jamais la monnaie à rendre sur les billets de 20 bahts (encore moins de 50 ou de 100).

Lorsque vous êtes descendu après avoir pressé le bouton-sonnerie, approchez-vous de la portière et quand le chauffeur vous tend la main pour réclamer son dû, donnez–lui la ou les pièce(s) de dix bahts (suivant que vous êtes seul ou accompagné) et éloignez-vous sans attendre qu'il demande son reste.

Il y a peu de chances qu'il vous courre après vu qu'il lui faudrait quitter son véhicule et ses autres passagers. Mais s'il le fait quand même, donnez-lui alors les dix bahts supplémentaires en vous excusant et surtout ne protestez pas: à moins d'avoir le physique de Terminator, il ne faut jamais discuter avec un chauffeur de baht bus, ce n'est ni prudent ni raisonnable, c'est même dangereux, paraît-il...

 Mais prenons du recul, voire de l'altitude: si Londres, New-York, Paris et Bangkok (entre autres) ont leur chemins de fer métropolitains, les provinces de Thaïlande, toutes proportions gardées, ont leurs maudits baht bus.

Ils s'arrêtent où ils veulent, quand ils veulent, ils ralentissent souvent la circulation et la bloquent même parfois, ils élaborent, voire improvisent, leurs propres règles de conduite selon les circonstances et les aléas du trafic, tout en polluant copieusement l'atmosphère.

Qu'on les aime ou qu'on les déteste, ils font partie du paysage urbain et semblent être partis pour… rester. Il se dit tout bas qu'ils ont ( là-haut ) de puissants appuis, des «parrains» bien placés…

Il a été plusieurs fois question de les réformer, de les remplacer, mais jusqu'à présent, ce n'ont été que des vœux pieux et aucune alternative n'a pu être trouvée. C'est un mal sans doute nécessaire.

Reste le côté indéniablement économique et convivial qui fait malgré tout le charme de ces drôles de bétaillères. Si les baht bus devaient disparaître ( comme le souhaitent certains ), cela changerait quelque peu le visage de la ville. Et, en outre, on pourrait craindre que le nouveau système de transport public soit trop «aseptisé» et moins sympa.

Ces baht bus, aussi irritants qu'ils puissent être parfois, seraient sans doute regrettés par les fidèles habitués: on sait ce qu'on perd, on ne sait pas ce qu'on trouve, car, soyons équitables, il y a parmi les milliers de chauffeurs de bah bus ( recensés à travers le Pays ) des gens très sympa, honnêtes et serviables, qui sont toujours prêts à vous donner un coup de main lors d'un déménagement ou en cas d'achat d'objets volumineux.

Raymond Vergé

 

Le 10/06/2008