Trop fort pour moi !


Une grande partie des plats Thaï sont épicés et quand ils le sont,.... les délicats palais s'enflamment.
Et c'est encore plus difficile à supporter car, alors que vous êtes en train de boire 3 litres d'eau pour essayer d'éteindre le brasier, vous verrez que la plupart des Thaï rajoutent du piment...

Piments sur le marché de Mae Hong Son (Thaïlande) et leurs valeur en Baht

UNE HISTOIRE PIMENTÉE
qui rend tout rouge !

Mais d'où vient-elle, cette idée saugrenue?
Comment peut-on détruire à ce point le goût des aliments pour le remplacer par une brûlure?

D'abord, le piment n'est pas dans la cuisine Thaï depuis des temps immémoriaux.
Ce sont les Portugais et les Espagnols, au gré de leurs explorations du XVème et XVIème siècle qui ont amené les piments depuis l'Amérique du Sud, qu'ils étaient en train de Coloniser vers l'Asie, où s'installaient les comptoirs commerciaux Européens.
Le piment a plu et, parfaitement adapté au climat, s'est vite installé dans les habitudes culinaires des Thaï, déjà habitués à " mélanger " les cuisines en provenance des nombreux pays environnants.

L'intérêt du piment dans la cuisine est évident...
L'existence de l'expression " pimenter quelque chose " sert à elle seule d'explication.
Pourtant, de notre point de vue de Farang, c'est la parcimonie qui s'impose.
Notre cuisine est assez attachée aux équilibres des saveurs et s'accommode assez mal de l'éruption volcanique engendrée par un plat très épicé.
Il nous est assez difficile de comprendre l'engouement, voire même l'addiction pour cette sensation.
Quand je parle d'addiction, je ne plaisante pas. Il arrive un point où certains n'apprécient plus la nourriture si elle n'est pas épicée.
Énormément de Thaï sont dans ce cas, et il y a fort à parier que c'est la même chose pour des pays comme l'Inde ou le Mexique, grand consommateurs de piment.
Une des preuves des plus évidentes en Thaïlande, est le fait que les fruits sont vendus avec un petit sachet contenant un mélange de sucre, sel et piment...
Les fraises au piment ( j'adore dans le bus en transit ) c'est pas mauvais, mais un peu surprenant.

Des recherches ont été faites sur le sujet.
Pourquoi certains aiment-ils tant la nourriture épicée?
Les chercheurs sont arrivés à la conclusion que le plaisir éprouvé en mangeant épicé est comparable à celui qu'on peut avoir lorsqu'on fait un tour de grand huit.
Ils appellent cela le " risque contrôlé ". La brûlure du piment est similaire à la sensation d'une réelle brûlure mais ne provoque aucun dommage.
De même que le grand huit offre la sensation de chuter... sans l'écrasement au sol.
Ainsi, petit à petit, le corps s'habituera à cette sensation, elle ne disparaitra pas, mais ne sera plus associée à un danger.
Car le goût pour le piment s'acquiert.
Les enfants, en Thaïlande, commencent progressivement.
Les écoles primaires par exemple ne servent pas de nourriture épicée. L'habitude viendra avec le temps.
Avez-vous apprécié le tout premier verre de vin rouge que vous avez bu? La première clope?
Probablement pas. C'est parce que ces sensations, complexes, nécessitent du temps.

Moi, il me faut du temps. Et après dix ans de voyages, je suis toujours incapable de manger avec plaisir des plats assez épicés ( comprenez très épicés suivant notre échelle franchouillarde ) et de survivre à des plats bien corsés ( pas loin du nucléaire pour un néophyte ).
Je n'ai pas pour autant perdu le goût pour les plats non-épicés, d'autant que je ne fume plus.
En fait, les chercheurs l'ont démontré, l'habitude n'insensibilise pas la langue, elle rend simplement la douleur supportable, voire appréciable.
Oui, on n'est pas loin du masochisme... mais ce genre d'attitude " bizarre " se rencontre tout le temps. Regardez les sportifs, accrocs aux endorphines, les fous des sports extrêmes, accrocs à l'adrénaline.
Le piment, c'est un peu le " sport extrême " de la cuisine. Avec l'habitude, on a moins peur.
Pour beaucoup, un peu de temps en temps suffit. Pour d'autres, il n'y en a jamais assez.

Ah !, et aussi, avec l'habitude du palais, vient l'habitude du reste du système digestif.
Je vous passerai les détails, mais il est évident que la disparition des brûlures gastriques, et autres, sont appréciables.

Conseils Pratiques:
" Bon, tout ça, c'est bien sympa !!
J'ai bien compris que si on est habitué ça fait moins mal, mais voilà, moi je viens en Thaïlande en vacances dans 1 mois et je vais pas y rester plus de deux semaines, alors comment je fais? "
Pas de panique. Suivez ces quelques conseils de survie.

PRÉVENTIONS:

1/ -Apprenez à connaitre les plats épicés et les plats non épicés.
Il y a en Thaïlande de nombreux plats non épicés parfaitement délicieux.
Dans le genre " refuge ", il y a;
- le " fried rice " ( kaow pad gaï, kaw pad moo ),
- le " fried chicken " ( gaï yang ) avec riz collant ( kaow niaow ),
- les brochettes satay ou le " pad thaï " ( en général, les sauces épicées sont à part ).
Bref, pas mal de plats.

2/ -Dans le cas du " pad thaï ", il peut arriver qu'il soit servi épicé ( hé oui !, chacun à sa recette, comme le cassoulet ).
Alors les deux mots à ajouter qui sauvent la mise c'est " Maï Pett' " ( je l'écris à peu près comme vous devez le prononcer, en transcription ).
Ça veut dire " non épicé ", les restaurateurs vous écouteront.

La phrase qui peut vous sauver d'un " gosier " en feu;
- " pom khin maï pet ".... " je ne mange pas épicé "

Pourtant, le plat peut s'avérer encore très épicé après cela. En fait, ça dépendra du nombre de touristes qui fréquentent les environs. Si le restaurant est très touristique, il y a des chances que la cuisine soit déjà peu épicée. En revanche, le petit vendeur du fin fond de la rue qui ne voit quasiment jamais de " farang " conclura du " Maï pett '" que vous voulez moins d'un kilo de piment dans votre plat.

3/ -Triez... Certains plats sont servis avec des gros morceaux de piments. Notamment des verts.
Même certains Thaï les laissent à part, car ils sont plus supposés avoir " infusés" dans le plat.
Et puis n'ayez pas honte, vous n'êtes pas le premier à manger avec vos doigts.

QUAND C'EST TROP TARD ET QU'IL Y A LE FEU.


1/ -Si vous êtes dans un restaurant assez touristique ( c.à.d qu'ils parlent pas trop mal anglais et que la clientèle n'est pas vraiment locale ), et que vous avez spécifiquement précisé,
" Maï Pett '" ou " Not Spicy ", alors retournez le plat ( en cuisine... hein, biloute?... pas sur la table! ).
.... Aimablement mais fermement.

2/ -Si vous n'avez pas le cœur ou la possibilité de retourner le plat, alors sachez que l'eau n'apporte qu'un réconfort très temporaire. Le plus efficace, c'est le lait " nhom " ou le riz " kaow ".
Petite parenthèse " minute scientifique ":
La sensation de brûlure est due à la capsaïcine, responsable à 90% du gout du piment.
Celle-ci n'est pas soluble dans l'eau, boire 3 litres d' eau de source apaisera mais laissera le " piquant " en bouche.
Par contre, la caséine, présente dans les produits laitiers, détache la capsaïcine des neuro-récepteurs, permettant de " laver " la langue et le palais.

3/ -Vu que vous êtes probablement tout rouge et en train de pleurer, mon dernier conseil est:
Faites attention à vos doigts. Si par malheur vous avez un peu de piment dessus et que vous vous frottez les yeux, vous allez vous en souvenir pour un bout de temps.

4/ -Soyez patient ...
La sensation se dissipe assez rapidement, en fait, au bout de 5 minutes en général mais,
qu' elles paraissent ...... LOOOOONGUES !!! .

Un peu plus sérieusement, l'histoire du piment en Thaïlande


La plante elle-même est originaire de Bolivie et du Brésil et a été importée dans le sud-est asiatique par les Portugais au 16ème siècle.

Très vite, les piments ont été incorporés dans la cuisine thaïe.

On peut donc bien parler de longue tradition.

Selon certains spécialistes de la cuisine thaïlandaise, les piments ont été immédiatement adoptés car ils rappelaient certains goûts et arômes d’autres ingrédients déjà utilisés comme le Galanga ( gingembre Thaï ) et Prik Thai On ( poivre vert ) et qui, une fois combinés, ressemblaient au goût des piments mais une un petit quelque chose de plus sec et plus piquant.
Les piments se cultivent essentiellement dans les pays tropicaux, produisent des fruits toute l’année et poussent très facilement dans tous les types de sols.

Les cultivateurs sèment les graines et après deux mois commencent déjà la récolte. Une plante peut donner jusqu’à 5kg de piments par année.
Dans le monde sauvage, certains oiseaux, insensibles à la capsaïcine, sont très friands des piments et dispersent les graines via leur fiente.

Parmi ces oiseaux, le plus commun et le plus vorace est sans nul doute le mainate, plus connu pour son habileté à imiter les voix humaines comme le font les perroquets.

Ce qui fait croire aux Thaïs que les oiseaux qui mangent des piments peuvent apprendre à parler. Étrangement, alors que la nature superstitieuse des Thaïs n’est plus à démontrer, c'est l'un très rare mythe faisant mention aux piments.

Le seul autre rituel connu dans le nord-est de la Thaïlande est de brûler du sel et des piments pour débarrasser la maison des esprits malfaisants.

 

Que cela vous aide à apprécier encore plus votre futur séjour en Thaïlande !